Même après l’adoption d’un plan national, la réalité politique sur le terrain pour celles et ceux qui fournissent les services de santé ou qui souhaitent y accéder peut varier du tout au tout selon le district ou la région. Les programmes de réduction des méfaits comptent parmi les interventions clés les moins acceptées, ce qui accentue d’autant plus le rejet social pour celles et ceux qui en ont besoin.
Vernon et Zama ont tous les deux recours aux services du centre de soins pour le VIH et la tuberculose de Durban créé par Shaun Shelly, un des principaux tenants des programmes de réduction des méfaits destinés aux consommateurs de drogues injectables en Afrique du Sud. Il est à l’origine des programmes d’échange d’aiguilles dans le pays grâce à son militantisme, à son travail universitaire et à la mise en œuvre directe de programmes. Mais la tâche reste ardue. L’année dernière, quelques patients du centre de soins pour le VIH et la tuberculose ont participé à un programme de substitution à la méthadone, mais il était trop tard pour que Vernon y prenne part et il ne sait pas si une autre occasion se présentera : « Je suis inquiet, parce que je suis passé à côté du programme de substitution à la méthadone l’année dernière, et maintenant, le maire local fait barrage pour un nouveau programme. »
« Je suis trop vieux pour jouer à ça, je devrais avoir une maison à l’heure qu’il est, mais... » - Vernon Van Wyngaard
À l’échelle du pays, seules 1500 personnes environ reçoivent un traitement de substitution aux opiacés – un traitement qui aide les consommateurs de drogues injectables à supporter le sevrage de l’héroïne en lui substituant de la méthadone. Cependant, cette dernière n’est pas reconnue en Afrique du Sud comme un médicament essentiel, de sorte qu’elle est environ trente fois plus chère qu’ailleurs.
Pour Zama, qui vit dans un milieu à l’hostilité écrasante, venir au centre est une source de soulagement. Son quotidien est fait de menaces et de violences sexuelles que vient aggraver le rejet social lié à la consommation de drogues et à l’absence de domicile. Elle explique : « Vivre dans la rue est difficile. Les gens qui prennent de la “whoonga” [une drogue de rue qui s’est largement répandue dans les ghettos de Durban ces dix dernières années] sont les pires, les plus effrayants. »
Pendant ce temps, les boîtes de seringues inutilisées s’empilent dans l’entrée du centre. Leur distribution a, elle aussi, été suspendue, suite à une décision politique locale de mettre un frein aux échanges d’aiguilles, ce qui augmente pourtant le risque de voir les consommateurs existants décider de partager les seringues.